==============================================================================
Le Mexique est un pays dont j'ai fait la connaissance en 1995, par hasard. Et depuis, je suis resté coincé.
Alors, je ne saurais trop vous recommander d'éviter cet endroit maudit.
Ce blog regroupe mes voyages depuis 2010 et, entre deux, je vous parle majoritairement de la même chose ;-).
•-> Jan 2011 -> Jan 2012 -> Jan 2013 -> Jan 2014 -> Mai 2014 -> Jan 2015 -> Nov 2016
==============================================================================
En ce moment, je suis : en France - au Mexique - Ailleurs
=========================================================================

mercredi 9 avril 2014

Les amants de Chichén - Chapitre 1



Nikte-Ha aimait Iktan et Iktan aimait Nikte-Ha.
Et inversement.

Nikte-Ha avait 14 printemps alors qu'Iktan en avait 14 aussi.

Leurs amours naissantes étaient quelque peu contrariées par le devenir organisé de Nikte-Ha : 
elle était en effet destinée à Chaac, qui n'était pas un va-nu-pieds, hein, c'était quand même le Dieu de la Pluie...

Alors Nikte-Ha et Iktan cachaient leurs ébats préadolescents dans la jungle proche de Chichén Itzá, au milieu des perroquets, des singes hurleurs, des jaguars et des mygales.

Tous deux étaient conscients du fait qu'il convenait de ne pas dépasser les bornes des limites… 
Leurs jeux amoureux allaient donc aussi loin qu'il était concevable pour deux jeunes Mayas à la sexualité exigeante, tout en préservant le dû du Dieu, à savoir la virginité vaginale de la chiquita.

Pour le reste, il repassera, le Chaac, faut pas exabuser non plus.

La passion de nos deux petits amis allait croissant (au beurre) à mesure qu'approchait la date fatidique du sacrifice de Nikte-Ha : le jour de son seizième anniversaire.

Et plus la date approchait, plus Iktan trouvait abusif de se voir ravir son amour par un Dieu auquel il n'accordait qu'une croyance limitée. 
Depuis ses plus tendres années, le garçon avait fait preuve d'un esprit acéré et méritait amplement son prénom d'Iktan (le débrouillard).
La vision de Nikte-Ha précipitée vivante dans le Cenote Sagrado de Chichén Itzá lui devenait peu à peu et de plus en plus insupportable et faisait naître en son jeune corazón un fort sentiment d'injustice qui lui était encore inconnu.



Il faut dire qu'au Yucatán en cette année 950 de notre ère, les sacrifices humains étaient partie intégrante de la vie quotidienne et il était d'usage de les accepter comme tel, ni plus, ni moins.
On voyait les parents mener leurs jeunes enfants aux prêtres pour le sacrifice rituel, avec le sentiment glorieux d'inscrire leur patronyme dans la hiérarchie de la cité.

Ainsi en était-il décidé pour Nikte-Ha et ainsi en serait-il.
Sa famille l'avait accepté, et elle aussi, malgré son jeune âge, l'avait compris et savait que son espérance de vie ne dépasserait pas son seizième anniversaire.
Au plus profond de son coeur, elle en concevait même une certaine fierté dont le reflet lui était renvoyé par le regard soumis des adultes de son environnement.

Elle aimait même se pavaner dans les allées de Chichén Itzá, depuis les bains de vapeur jusqu'au Tzompantli du Templo Norte, telle la promise du Dieu Chaac qui allait en retour assurer une météo clémente et de bonnes récoltes de maïs pour l'année à venir.

Cependant, elle évitait de dépasser la plateforme de Venus, sous la pyramide de Kukulkán, et d'emprunter l'allée qui menait au Cenote Sagrado, lieu des sacrifices, où l'on mettrait bientôt un terme à sa courte existence.

Et l'évocation d'Iktan venait exponentiellement ternir l'éclat de ses magnifiques yeux noirs.


A suivre…